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On nous appelait les sauvages

« On nous appelait les sauvages – Souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin» est un livre passionnant à tous les niveaux : culturel, spirituel, psychologique, biographique… T8aminik RANKIN (8=w) raconte sa vie, et au-delà, son peuple, « mis en plume » par Marie-Josée TARDIF.

Sa tribu ? « En ce qui nous concerne, lorsqu’il s’agit de distinguer notre nation des autres, nous avons toujours utilisé le terme Mami8inni. Ce nom nous plait beaucoup, car il est très rigolo. Il se rapporte à notre goût pour la récolte des petits fruits que la terre-Maman nous offre durant la douce saison : fraises, framboises, bleuets (appelés myrtilles en Europe), etc. Or, pour cueillir ces fruits, il faut bien se pencher. Et qu’est-ce qui s’offre au regard du visiteur qui arrive sur les lieux où la communauté entière s’affaire à récolter les précieuses baies ? Toute une famille d’arrière-trains – des petits, des gros, des charnus, des maigres, des jeunes, des vieux – se dressant paisiblement sous le soleil ! Voilà qui nous sommes : la tribu aux postérieurs fièrement dressés vers le ciel ! »

A travers son témoignage on comprend le choc de la rencontre avec « les blancs » qui les chassent de leurs territoires et les cloisonnent dans des espaces toujours plus petits.
« Je devais avoir six ou sept ans lorsque notre famille a vécu à Amos pour la première fois. Cela signifiait qu’il fallait nous adapter aux constructions carrées des blancs. Pour nous qui privilégions la force du cercle en toute chose, cela fut difficile. (…) Les anciens nous avaient toujours enseigné que dans un tipi l’esprit est à son aise. Grâce à sa forme circulaire, l’énergie de vie peut circuler sans obstacle. Dans les wemitekoci mikiwaman, avec tous ces murs bien rigides et toutes ces encoignures, nous avions l’impression que l’esprit se cognait sans cesse de tous les côtés! Au début, nous étions si mal dans notre boîte carrée que mon père avait érigé une tente dans la cour arrière. »

On découvre également à travers ses yeux d’enfant, d’adolescent, puis d’homme les ravages causés par l’obligation pour sa génération d’aller dans des pensionnats catholiques. En plus de l’acculturation programmée, ils se sont trouvés aux prises avec certains missionnaires qui abusent sexuellement des jeunes.

« On me tend soudain un sac de jute. Des hommes me déshabillent et me font asseoir tout nu sur une chaise de barbier. En un tournemain, ils me rasent la tête. Je fonds en larmes en me remémorant les enseignements de mon père, écho lointain dans ma tête et mon coeur: ” Tes cheveux parlent de ton énergie de vie. Ils sont tes antennes pour te garder en communion avec la Terre. Dans notre tradition, les hommes laissent pousser leurs cheveux pour marquer leur lien avec la Terre-Maman, mais aussi pour accompagner les femmes. Ta chevelure est donc le signe de ton respect pour le Féminin.”

S’ensuit son long parcours, à cheval entre le monde des blancs et celui des siens. Il pratique de nombreux métiers. En parallèle, depuis son enfance, les anciens de sa tribu l’initient afin qu’il devienne homme-médecine. On suit le chemin de ses initiations : sa rencontre avec l’esprit de l’ours, ses jeûnes en haut d’un pin, et l’obtention progressive de signes de distinction (plume d’aigles, ceintures wampums…).

Il nous raconte aussi son long chemin de guérison personnelle, en particulier à travers des cérémonies de « matato ». « Depuis des millénaires, les hommes de notre peuple se transmettent les enseignements de matato. Admiratifs devant la femme qui voyait son corps et son esprit nettoyés naturellement tous les mois, les hommes-médecine se sont demandé comment ils pourraient obtenir les mêmes bienfaits. Dès lors, l’idée de matato a germé dans leur esprit. Ils ont construit une hutte de forme semi-sphérique et ont dit : « Voici le Ventre de la Maman ». Ils ont creusé un trou en son centre et ont dit : « Voici son Nombril. ». Devant la porte de la hutte ils ont érigé avec la terre provenant du nombril un petit tertre sur lequel ils pouvaient déposer leurs objets sacrés. Ainsi, ce qui était conçu au-dedans pourrait apparaître au-dehors. Ils ont ensuite allumé un feu sacré, en face du tertre, dans lequel ils ont mis des pierres, puis ils ont dit : « Les pierres sont nos ancêtres, nos mocom et kokom. Quand ils seront bien chauffés par le feu sacré, nous les placerons dans le Nombril, au centre du Ventre de la Maman. Ils nous aideront à nous relier à toute la Création, à notre passé, à notre présent et à notre avenir. Grâce à l’eau sacrée que nous verserons sur eux et qui se transformera en vapeur, nous serons nettoyés. ». A l’intérieur de matato, l’obscurité est totale. C’est l’apprivoisement de la nuit et de la vie immatérielle.

Vous découvrirez aussi « la Prophétie des Sept Feux » qui parle de l’entente (et de la mésentente) entre les peuples, à travers l’Histoire et jusqu’à nos jours.

Un témoignage bouleversant, mais non dénué d’humour, à la fois lointain et proche de nous. Son message est chargé de tolérance, de paix et de respect de la nature.

« Il est également temps que nous cessions de nous plaindre du fait que la planète, les animaux et les plantes sont en danger, en nous excluant nous-mêmes du cercle. Si l’humain souffre, le reste de la Création souffre. Nous sommes tous liés. L’humain est un maillon de la chaîne. La guérison de la Terre et de ses habitants sera impossible tant que nous nous placerons en dehors du cercle. »…

Actuellement T8aminik Rankin dit être « redevenu nomade et je parcours maintenant le monde à l’invitation des peuples de toutes les nations. »

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Un trou énorme dans le ciel

Opération masse critique, le retour: une critique pour un livre offert par Babelio.

Cette fois-ci j’ai reçu un livre de Jean-Pierre Luminet, astrophysicien… et écrivain.
Le contexte du récit nous est dévoilé dans la présentation de l’éditeur : l’auteur vient de perdre sa fille à l’âge de neuf ans.
Dès la première page le mot est là : « fracassée ».
Définition de « fracasser » : « mettre en pièce ». Ainsi va le récit de Jean-Pierre Luminet, d’une idée à l’autre, d’une ligne à l’autre sans qu’on sache bien parfois quel bout de phrase se raccroche à quel autre, à qui il parle, de qui ou de quoi il parle… Des fragments d’idées, de dialogues, s’enchaînent sans ponctuation, mêlant le quotidien et l’indicible, la rage et le silence. A l’image sans doute d’un esprit sous le choc qui tente de continuer à vivre, entre le trivial et les questions insondables. A l’image d’un couple aussi il me semble, lui-même mis à rude épreuve.
Ce texte est touchant, brut de sensations. Désarçonnant aussi, j’aurais parfois aimé être sûre d’avoir bien compris ce que l’auteur veut dire. C’est un texte court qui demande à être relu, avec j’imagine à chaque fois un éclairage différent selon son état d’esprit, ce qui pourrait être une des définitions de la poésie… Un trou énorme dans le ciel… et quelques belles pages d’un homme luttant.

“j’ai cette impression
avec vous tous
vous êtes tous si fragiles
vous ne pouvez rien entendre
il est tard je dois rentrer
il y a un trou énorme dans le ciel”

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Les intellectuels intègres

Le titre de ce livre coché sur la liste de Babelio m’a fait penser à Astérix…
« Nous sommes en 2013 après Jésus-Christ. Les médias nous décrivent un monde de « tous pourris »… Tous ?… Non ! Un îlot peuplé d’irréductibles penseurs résiste encore et toujours au prêt-à-penser et à la morosité ambiante ».
Pascal Boniface propose de nous en présenter 15. Bonne idée !
Je dois dire qu’à part Stéphane Hessel qui a bénéficié d’une belle couverture médiatique ces deux dernières années, j’étais incapable de mettre un visage ou des actions sur les 14 autres noms. Autant de belles découvertes donc !
Chacun est présenté par une biographie sommaire, avant une interview sur le rôle de l’intellectuel et sur ses principaux travaux. Un des critères de sélection étant que leur champ de réflexion couvre les relations internationales. Un livre dense, donc, mais accessible.
Ce livre s’adresse à notre intelligence… Ca devient assez rare !  Et ça fait du bien…
Une fois les 400 pages lues, une question me vient : comment être à la hauteur de tous ces grands penseurs ? Pensée un peu décourageante à première vue, mais ce livre est suffisamment accessible pour encourager chacun à exercer sa liberté de pensée et à essayer d’agir à son niveau. Ne pas avoir peur d’aller à l’encontre de courants dominants, garder l’esprit ouvert à plusieurs grilles d’analyse, savoir que seul on ne peut pas grand-chose : presque tous ont un engagement politique, associatif, entrepreneurial…
Difficile de résumer autant de pensées, surtout que tous insistent sur le fait que la réalité est complexe et nécessite souvent une argumentation étayée… Mais comme je me doute que la plupart des personnes qui lisent ce blog n’auront pas le temps de se plonger dans ce livre, je préfère laisser la parole à ces intellectuels, au gré de phrases qui m’ont interpellée. En vous encourageant bien sûr à creuser…
Jean BAUBEROT (spécialiste de la laïcité)
« j’aime bien circuler entre des mondes différents, culturellement et socialement ».
Il utilise une belle métaphore de «  la tentation de la montagne » pour décrire le sommet où arrive le chercheur après avoir amassé et analysé de multiples données ; il a ainsi une belle « vision d’ensemble qu’il est impossible d’avoir quand on reste au sol ». Le chercheur est alors souvent tenté de rester au sommet. Or, il faut essayer de redescendre et « je me mêle à la vie sociale, je tente d’indiquer aux autres ce que j’ai vu ». « L’intégrité demande un positionnement clair dans un écheveau complexe ».
Il  fait l’éloge de la capacité de douter et de la connaissance des limites de son savoir « c’est cette capacité de douter qui devrait être le centre de la culture laïque, ce que j’appelle « la laïcité intérieure ». Il parle du « paradoxe démocratique » : « En démocratie, l’électeur est souverain et doit donc avoir une opinion sur tout. Cela risque de le livrer à des stéréotypes plutôt qu’à une véritable démarche de connaissance », « Bien sûr nul ne peut tout connaître mais on devrait mieux connaître les limites de son savoir ». Or, en démocratie il est difficile de dire « je ne prends pas position sur ce point car je ne dispose d’aucun avoir sur la question. Je suis donc dépendant d’un discours social qui acquiert de la validité surtout par sa répétition ».
Il cite Alain : « Une vérité qui cesse d’être questionnée finit par devenir fausse ».
Esther BENBASSA (études de lettres et d’histoire, directrice de recherche au CNRS, française, turque et israélienne)
« Esther mobilise ses souvenirs personnels d’harmonie interculturelle et sa volonté de dépasser les affrontements et le communautarisme, de combattre les extrémismes. »
« J’ai croisé énormément de gens et je n’aurais rien été sans ceux, parmi eux, qui m’ont encouragée à devenir ce que je suis. Le peu que j’ai pu faire, c’est grâce à eux. Il n’y a pas un jour où je ne pense à l’un d’eux à l’occasion d’une lecture, d’une réflexion, et parfois sans raison précise. Ils et elles sont en moi et font partie de mon être.»
« Comme nous le savons tous, au moins dans notre for intérieur, l’institution tue l’innovation ou la créativité parce qu’il y a des normes, des cadres, et je suis sûre que si Freud avait été professeur à l’université, il n’aurait pas été Freud ».
« Les juifs avaient cette faculté d’appartenir et de ne pas appartenir, c’est un peu ma conception de l’intellectuel. Cette non-appartenance a été l’une des conditions de l’inventivité et de la créativité et surtout de l’anticonformisme, y compris chez des femmes, comme Rosa Luxembourg, Emma Goldman et d’autres. Même si ces personnes n’ont pas changé le monde comme elles l’ont espéré, elles ont été dans cette dualité qui leur a permis de se dépasser, d’aller plus loin et de prendre des risques ».
« Je pense que les minorités gagnent à être connues, leur culture peut apporter un plus à la culture générale du monde ou du pays dans lequel on vit. Ces contributions des différentes cultures font les civilisations ; il n’y a que les salafistes, les ultra-orthodoxes juifs ou les chrétiens intégristes pour croire que l’ « authenticité » est la marque de la vraie culture. »
« un savoir qui ne sert pas reste un savoir en soi, sans ambition »
« si chaque jour je change, ne serait-ce qu’un peu, la condition d’une seule personne, je trouve que j’aurai fait ma révolution. Je suis pour les petites révolutions au quotidien, les petits actes qui sont, au fond, révolutionnaires. »
Rony BRAUMAN (MSF)
« La lecture de Eichmann à Jérusalem de Hannah Arendt, ses analyses du personnage, ses critiques des conseils juifs, sa réflexion sur les rapports entre pitié et terreur, m’ont fortement influencé à l’époque. C’est à partir de ce moment que la rhétorique humanitaire, les discours « victimaires » et leurs rapports avec le pouvoir et la violence sont devenus un sujet de réflexion. »
Régis DEBRAY (Philosophe, homme politique de gauche)
Dans « L’Etat séducteur en 1993 (il) regrette l’effacement des frontières entre vie publique et vie privée et substitue l’examen de moralité au débat d’idées. Sont évoqués la tentation des apparences et du showbiz, la priorité accordée au temps bref sur le temps long et l’abandon du complexe au profit du simple. »
Dans « Rêverie de gauche en 2012 (…) l’ex-guérillero consacre ainsi un chapitre à Marc Bloch, l’auteur de L’étrange Défaite pour regretter qu’aujourd’hui tout soit devenu affaire de communauté et que la grande perdante est la communauté nationale « devenue introuvable » ».
« la une de L’Aurore avec le J’accuse de Zola. C’est un article très ennuyeux, très long. Il n’y avait pas une illustration à la une de l’Aurore, pas plus que dans les pages intérieures à l’époque. Aujourd’hui, une intervention dans la presse, c’est combien ? Trois mille signes. Zola je crois que c’est quarante mille. Ouvrir un dossier, décrire une situation, proposer une stratégie demandent du temps et de l’espace. »
Alfred GROSSER (D’origine juive et agrégé d’allemand, professeur à Sciences Po, journaliste)
« ma méthode pour conduire séminaires et groupes de travail étaient toujours les mêmes : « Premièrement, les choses sont plus compliquées que vous n’aviez cru. Deuxièmement, ceci est vrai, mais le contraire n’est pas tout à fait faux. » Il est vrai que j’ai toujours voulu susciter la compréhension sur le point de vue opposé. »
« Mon thème central (…) est que la vertu la plus importante est la prise en considération de la souffrance de l’ « autre » . Après 1945, nous ne pouvions pas demander à un jeune allemand de comprendre pleinement l’horreur des crimes hitlériens si nous ne lui montrions pas une vraie compréhension pour les souffrances des siens, dans les villes bombardées ou pendant les expulsions  subies. »
« A côté de lui se trouvait un jeune prisonnier allemand, soigné lui aussi. J’ai parlé avec lui et découvert qu’il n’avait rien su, qu’il ne savait vraiment rien des horreurs accomplies au nom de son pays. D’où la conviction qu’il fallait ouvrir ces jeunes-là à la vérité, les insérer dans la société internationale si on ne voulait pas les exposer à de nouvelles propagandes nationalistes et haineuses. »
Olivier MONGIN (Philosophe, directeur de la rédaction  de la revue Esprit)
« parler de l’intellectuel au sens politique « à la française » c’est associer de la réflexion, de la conviction et un engagement public, ce qui désigne une espèce en voie de disparition. »
« l’intellectuel que je défends est un généraliste(…), un architecte qui doit faire un tout avec des morceaux, un homme de réflexion qui n’est pas enfermé dans une spécialisation ».
« On vit dans un univers moins curieux (mais plus chargé d’informations qui tournent en rond), plus rapide mais moins mobile, moins susceptible de prendre du temps et de donner du plaisir. » « l’extrême rapidité de la circulation des informations a pour conséquence que nous sommes toujours en retard ».
« Par ailleurs, l’époque souffre sur le plan intellectuel d’une absence de langage commun minimal. On ne s’accorde plus sur les mots, et on se réfugie souvent dans des débats techniques ou juridiques auxquels personne ne comprend rien en dehors des professionnels et des fameux experts qui sont avant tout des traducteurs de sigles.».
« s’il y a plus d’égalité à l’échelle globale, moins de pauvreté, la montée des inégalités est un phénomène général au sein des blocs nationaux. ». Aujourd’hui « La guerre est de plus en plus interne, et elle va l’être de plus en plus parce que nous sommes dans des sociétés confrontées aux problèmes des inégalités, de la crise des Etats providences qui étaient des facteurs de pacification. »
Edgar MORIN (Sciences Humaines, résistant, chercheur au CNRS)
« Edgar Morin rejette la spécialisation et la segmentation du savoir, il veut utiliser les différents domaines du savoir pour les articuler les uns avec les autres et s’élève contre la compartimentation des disciplines. » D’où son ouvrage « La méthode »
Un intellectuel s’adresse aux êtres humains « Comme disait Heidegger, questionner fait voler en éclat les boîtes dans lesquelles sont enfermées les disciplines spécialisées. Si vous posez une interrogation fondamentale, vous êtes obligés de faire appel à des connaissances dispersées.»
« la mauvaise foi part souvent de la foi »
« Une chose très importante est de comprendre, c’est-à-dire entrer dans les raisons d’autrui »
« Le fait d’identification à Israël, avec tout ce que cela signifie, relève d’une psychologie que j’ai connue chez les communistes : l’identification à l’union soviétique qui était leur patrie, plus importante que la patrie française car ils y avaient mis l’essentiel de leur rêve, de leur espoir, de leur personnalité. »
Emmanuel TODD (Historien, démographe, INED)
« Ma vocation est de faire de l’histoire et de la prospective »
« Il identifie (…) une relation entre la structure familiale paysanne et l’idéologie qui émerge durant la phase de désintégration de la société traditionnelle : la famille communautaire est suivie en Russie ou en Chine par le communautarisme, la famille souche en Allemagne ou au Japon par le nationalisme ethnocentrique, la famille nucléaire en Angleterre ou en France par l’émergence du libéralisme moderne, pur ou égalitaire. »
Il fait des prédictions à partir de données démographiques (mariages mixtes, taux de natalité…) en suivant la méthodologie de l’Ecole des Annales Marc Bloch
« il y a un rapport entre l’évolution de la fécondité et celle de la politique. Regardez la Révolution française : la fécondité commence à baisser dans les petites villes du bassin parisien juste avant la Révolution et puis…chute. Je n’ai jamais fait autre chose sur l’Union soviétique que d’appliquer ces techniques.»
« Dans son livre Après l’Empire, Emmanuel Todd annonce la fin de l’hégémonie américaine. Les Etats-Unis consomment plus qu’ils ne produisent, ils sont donc, à terme, condamnés. ». « C’est typique des empires en déclin économique et culturel de se réfugier dans l’hypertrophie militaire. »
Tzvetan TODOROV (Lettres modernes, centre de recherche sur les arts et le langage, CNRS)
« La peur des barbares est une réponse aux théories sur le choc des civilisations mais également à ceux qui essayent, y compris à gauche, de montrer que l’islam n’est pas intégrable à nos sociétés. (…) les musulmans sont réduits à l’islam, lui-même réduit à l’islamisme politique, lui-même réduit au terrorisme. »
La naturalisation change l’esprit d’un homme : « mon être s’est petit à petit transformé parce que je vivais en France ; et ma conscience a suivi ! (…) J’ai été naturalisé Français  dix ans après mon arrivée (…) je suis devenu un membre de plein droit de la société française, j’ai donc commencé petit à petit à réagir comme un Français et non plus comme un Bulgare. Je n’ai pas oublié mon expérience précédente, je ne l’oublierai jamais, mais je l’ai poussée un peu de côté. »
« La peine de mort est une ignominie à cause de ce refus d’admettre qu’un individu puisse changer, et toute peine de mort déguisée, du type perpétuité réelle, va dans le même sens. Elle contredit l’un des postulats fondamentaux du régime démocratique, à savoir que l’être humain n’est pas formé une fois pour toutes. Il  est transformable. »
Jean-Christophe VICTOR (Langues orientales, voyage en Antarctique, Ministère Affaires Etrangères, création du LEPAC (Laboratoire d’études prospectives et d’analyses cartographiques, spécialisé dans l’analyse des relations internationales et l’enseignement de la géopolitique, créateur de l’émission « Le dessous des cartes » sur ARTE)
« Demeurer libre, notamment vis-à-vis des pouvoirs qu’ils soient politiques ou financiers, ouvrir de nouveaux chemins et inventer, respecter l’autre en s’intéressant à tout ce qui peut être différent ». « Lorsqu’il intervient, il s’efforce de présenter les faits, les logiques adverses, les thèses en présence, les différentes interprétations que l’on peut en faire. Il se méfie de la « fabrication des ennemis », qu’il s’agisse de la Chine, de l’islam, des migrants, ne croit pas que le monde occidental continuera à dominer le monde et estime que ce dernier a trop souvent une attitude arrogante « qui est non seulement stupide, mais désormais tout à fait obsolète. » »
« Voilà ce qui m’a conduit à mettre sur pied un bureau d’études,  un réservoir d’idées,  (le LEPAC) (…), travaillant la matière que je connaissais un peu et qui m’intéressait beaucoup : les relations internationales. J’ai pensé dès le départ à la pluridisciplinarité – avec des chercheurs en démographie, en géographie, en histoire, en économie-, afin d’éviter les approches verticales à la française dans lesquelles les outils diplomatiques, économiques, juridiques ou militaires se fréquentent peu. »
« cela fait 500 ans que l’Europe et ses enfants, Etats-Unis, Nouvelle Zélande et Australie, au minimum, plus les systèmes de pensée et les modèles institutionnels sont au centre du monde et le centre du monde. Ainsi s’est installé un sentiment de supériorité vis-à-vis du reste du globe, notamment depuis le début de l’exportation du christianisme » (…) « Je pense que la globalisation est une occidentalisation du monde. Mais cet occidentalo-centrisme vit ses dernières décennies avec l’affirmation de l’ASIE et autres BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et Next Eleven (« onze prochains » : Bangladesh, Corée du Sud, Egypte, Indonésie, Iran, Mexique, Nigéria, Pakistan, Philippines, Turquie et Vietnam). Nous vivons une double accélération : le XXIème siècle sera le siècle de l’Asie du fait des différentiels de croissance, de la démographie et des nouvelles classes moyennes. La deuxième accélération, c’est la contradiction propre à notre modèle économique, à la fois producteur –le monde est plus riche qu’il y a 20 ans – et terriblement destructeur. Nous sommes en train de léguer aux futures générations une crise environnementale majeure. »
« Je pense que l’on va vers un monde pluripolaire, ce qui explique pourquoi je ne parlerais pas de « déclin de l’Occident ». Il faut intégrer ce que peuvent continuer à apporter la France et l’Europe sur le plan des systèmes juridiques, de la protection de l’individu par le droit, des négociations climatiques et celui des dépôts de brevets, bref du modèle géopolitique que constitue l’Union Européenne par rapport aux autres. »
« En France (…), le migrant c’est plutôt négatif. Je pense que c’est une erreur économique et démographique mais aussi en termes d’image et de représentation de l’autre, car à s’obstiner dans cette voie, nous serons un pays de vieux. »
Le dessous des cartes ? « Premièrement repérer les tendances longues, faire comprendre et non pas faire savoir en partant du principe que l’on sait beaucoup de choses mais sans savoir les ranger. Deuxièmement, réhabiliter la dimension historique au sein des médias audiovisuels qui est à la fois absente et essentielle, j’avais le sentiment qu’on était toujours dans un temps sans mémoire, sans matelas historique. Troisièmement, investir la dimension géographique, spatialiser les données puisque nous passons notre vie à naviguer entre ces deux contraintes et avantages que sont l’espace et le temps. »
« Oui le monde est complexe, il n’est pas binaire et vous êtes suffisamment intelligents pour aborder cette complexité ». « L’interdépendance est un phénomène complexe à décrypter ».
« Il faut à chaque fois tenter d’entrer dans la logique de l’autre, le faire avec beaucoup de rigueur, de modestie, de respect, et restituer le tout dans les dix minutes dont je dispose pour l’émission ».
Michel WIEVIORKA (Sciences économiques, sociologie…)
« Le problème n’est pas seulement d’être intègre, il est aussi d’être ouvert et capable de circuler ente la production de connaissances précises parce qu’on ne peut pas tout connaître, et la participation à la vie intellectuelle générale qui ne soit pas coupée de connaissances précises et qui fonctionne à un autre niveau. Blaise Pascal l’a dit bien avant moi, l’idéal de l’honnête homme est de savoir quelque chose de tout, plus encore que de savoir le tout d’une chose. »
En parlant des débats : « l’intégrité dans ce cas, c’est la capacité à écouter les autres tout en défendant un point de vue que l’on a soi-même construit. C’est paradoxal : comment écouter les autres et être capable de changer de point de vue tout en argumentant pour défendre et promouvoir sa position initiale ? »
« Chaque fois que je fais une recherche j’en sors tranformé. (…)L’intégrité c’est accepter d’être transformé soit par la pratique sociale soit par les analyses des autres, ce qui n’est pas toujours facile ni toujours agréable car il faut rester soi-même – j’allais dire dans son intégrité intellectuelle ».
« Le chercheur doit pouvoir, sans jargonner ni se trahir, dire les choses. »
Catherine WIHTOL DE WENDEN (Sciences po, CNRS, travail sur les migrations)
« Les questions de populations, d’environnement et d’urbanisation mêlées à celles de migration seront un enjeu central du XXIè siècle. »
« Les chercheurs du CNRS sont payés Apar l’Etat et ont par conséquent des comptes à rendre à l’égard des citoyens. »
« Le droit de migrer va être une cause de militance qui prendra peut-être des proportions aussi fortes  que ce qu’a été le combat pour la suppression de l’esclavage aux XVIII et XIXè Siècles. Je pense que la question du droit à la mobilité va être un débat récurrent pendant tout le XXIè siècle. » « les américains considèrent que les bateaux qui arrivaient à New-York sont leur histoire à eux (…) En France, il y a des quantités de gens issus de l’immigration, puisque un Français sur quatre a un ancêtre étranger, mais ils ne sont pas impliqués là-dedans… »
Dominique WOLTON (sociologue, EHESS, sciences de la communication au CNRS)
« Penser, créer, rêver, suppose de la discontinuité, du hasard, de l’inutilité, du temps ! » « (Le monde de la connaissance et de la culture) se trouve en position défensive dans une culture qui ne parle que de vitesse, d’ouverture, de globalité, d’efficacité, alors que la culture et la connaissance, valeurs inhérentes au monde académique, sont par définition plus parcellaires, plus lentes, moins brillantes. »
« Il y a un premier paradoxe qui est celui du niveau culturel et de formation des journalistes, nettement supérieur à ce qu’il était il y a trente ans. Or, la concurrence entre eux est telle, tout comme entre les différents supports, qu’elle engendre des inégalités et étouffe toute la capacité critique légitime que les journalistes peuvent avoir. (…)Les journalistes ne sortent plus enquêter dans la société, leur ordinateur est devenu leur horizon. »
Jean ZIEGLER (Suisse, Sciences po, socio, droit international, ONU, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies)
Venant d’un milieu aisé, il raconte la genèse de sa rébellion. Il a  aussi rencontré Ernesto Guevara qui lui a dit qu’il serait plus utile pour combattre le système  en étant dans le système ! Dès 1976 il dénonce les pratiques des principales banques suisses, et plus récemment la spéculation sur les matières premières alimentaires qui constitue pour lui un crime contre l’humanité.
« Un intellectuel est un combattant de la raison analytique qui est subversive par essence. »« .. la mise en œuvre de la raison analytique est une activité par essence subversive. L’intellectuel a cette fonction là, de dire ce qui est. »
Sur l’analyse de la faim dans le monde « l’obscurantisme néolibéral brouille cette réalité du monde. Au libre choix des hommes, il oppose l’idée que les lois de l’économie et du marché sont des lois naturelles, que le marché est responsable, qu’il n’est pas encore assez libéralisé, pas assez privatisé  (…). Or c’est bien une stratégie de domination qui est à l’œuvre. »
« Aujourd’hui la survie n’est plus un problème de manque de production. L’humanité affronte désormais un problème d’accès aux biens. La rareté est organisée.». « Les oligarchie  du capital    financier transcontinental ont le pouvoir et échappent totalement à tout contrôle social, notamment étatique. Elles ont un pouvoir tel qu’aucun empereur, aucun roi, aucun pape n’a jamais eu sur la planète. »
La Suisse est le 2ème pays le plus riche or elle a très peu de ressources naturelles sauf l’eau. « Comment l’oligarchie bancaire, qui domine complètement ce pays, s’y prend-elle? Elle pille le monde entier.» 3 sources : « le capital en fuite des pays du Tiers-Monde, l’argent des mafias internationales lavé en  Suisse grâce au secret bancaire et, bien sûr, l’argent de la fraude fiscale des pays alentours : France, Allemagne, Italie, Angleterre et même Etats-Unis. Ce qui aujourd’hui encore me choque le plus, c’est l’argent du sang en provenance de l’hémisphère Sud. Par exemple, Mobutu a eu, à cette époque, jusqu’à 4.4 milliards de dollars déposés au Crédit suisse. »
« La haine tu lui résistes d’abord si tu es heureux en amour ».
« Pendant ce court instant que nous passons sur terre, je pense que nous avons une mission : mener ce combat sans même nous demander pourquoi. Tu sais, comme le disent les Wolofs du Sénégal : « on ne connaît pas le fruit des arbres qu’on plante ». ( …). On doit mener la lutte. »
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Les terres rares

Extrait de “Les Terres rares” de Stéphane Bataillon, poète contemporain:

On marche
comme tous les jours
au coeur de la foule

On voudrait dépasser
les rythmes du bitume

Poursuivre la rencontre
de l’eau et des argiles
pour que le vent brûlant
nous fasse changer de peau

Retrouver à tâtons
le sentier de la côte
où les roches se prosternent

Mais la perte s’éloigne

Nous n’avons plus d’excuses
pour contempler tranquille
la croissance des menhirs.

Editions Bruno Doucey, mars 2013.

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Sept milliards d’individus et nous?… Et nous? Et nous?

Particulièrement intriguée par la question cruciale de la croissance exponentielle de la population sur notre planète qui semble en parallèle de plus en plus petite et fragile, je me suis plongée dans le livre de Gérard Orthlieb, reçu dans le cadre de « masse critique ». J’ai été un peu déçue par cet ouvrage : on met du temps à arriver au cœur du sujet, la mise en page n’est pas très attractive… Dommage car les idées développées, essentiellement à la fin de l’exposé, sont réellement intéressantes : le développement durable irait-il aussi avec une réduction des naissances ? Ne devrait-on pas mieux valoriser les paysans qui seront « le nerf de la guerre » de demain ? Comment gérer le chômage de masse : répartition du travail ? Reconversion vers des métiers « verts » ? Une large partie de l’ouvrage est consacrée au concept de TVR (Taxe sur la Valeur Retranchée), qui, à la place de la TVA pourrait taxer les entreprises de façon plus équitable et durable en favorisant les modes de production écologiques et locaux (donc pourvoyeurs d’emploi). Des modalités de mise en place relativement simples sont évoqués : continuez à faire valoir cette idée jusqu’à ce qu’elle soit adoptée par un gouvernement ! Cet ouvrage a donc bien accompagné ma réflexion, tout en me laissant en peu sur ma faim…

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Stivell

Critique publiée dans le cadre de l’opération “Masse critique” de Babelio.

Tout, tout, vous saurez tout sur Alan Stivell ! Laurent Bourdelas a vraiment réalisé cette biographie en bon historien : tout est sourcé, daté, contextualisé… Parfois presque trop précis à mon goût : on connaît jusqu’à la couleur de chaque pochette de disque !  J’ai d’ailleurs préféré la plupart des passages qui s’affranchissent d’une démarche trop chronologique : ses origines, ses influences, les contextes socio-culturels…

Ce livre m’a  cependant bien éclairée sur ce personnage  et sur le rôle essentiel qu’il a joué dans la remise en valeur de la harpe celtique en particulier et de la culture bretonne en général.  J’ai découvert également  son côté précurseur  dans la « world music » : très ouvert aux mélanges de genres et de cultures, il a toujours recherché des collaborations avec des musiciens d’autres pays.

Livre intéressant aussi donc concernant la question de l’identité. D’origine bretonne par son père mais né en Auvergne et ayant vécu au départ en région parisienne, Alan Stivell a choisi très tôt de défendre cette région. Il insiste donc sur l’appartenance «  de cœur » à un pays  tout en gardant cette ouverture aux autres.

C’est également la première fois que j’ai regretté de ne pas être en train de lire un livre numérique ! En effet, Laurent Bourdelas a choisi de décrire succintement presque tous les titres chantés ou joués par l’artiste depuis le début de sa carrière… Un peu frustrant donc de lire des descriptions de musique…sans musique ! Un petit clic vers les œuvres pour en entendre le son serait formidable !

Bibliographie intéressante pour se documenter sur divers sujets, y compris web (ex : site qui collecte les chansons bretonnes, etc…)

 

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La fièvre des corps célestes

Masse critique, 2ème. Voilà, Galimatias noir vient de m’envoyer par l’intermédiaire de Babelio « La fièvre des corps célestes », en échange d’une critique.

Premier abord ? Plaisant. Ce livre a une petite odeur de paille, un format agréable pour la lecture (pages assez larges), et une couverture originale.

L’histoire ? Un policier. Amalia Bostan, secrétaire d’un cabinet de détectives passe dans la cour des grands en menant elle-même sa première enquête : une jeune femme est retrouvée morte, visiblement assassinée. Accompagnée de son détective en chef et d’un policier, elle part à la recherche d’indices… Cette enquête l’emmène entre autres en Italie et aux Etats-Unis. Les rebondissements s’enchaînent assez facilement.

A mon avis quelques maladresses de style, pardonnées par la bonne humeur qui se dégage du roman. Style enlevé, contexte moderne (astrologie, PNL,…), des personnages bien « croqués »… Malgré les affaires traditionnellement sordides, la fantaisie de la détective rend l’ensemble léger (une agression entre deux recettes de cuisine par exemple !). Bref, un livre distrayant

Extrait : « Elle sortit du bureau et arpenta le couloir sans but, comme une souris à la mécanique défaillante. Le fluide prémonitoire la mettait en vrac. Elle enclencha le programme inspire-expire en huit temps. Elle but d’un trait le thé  tiède et ferma la porte à clé avant de retourner au lecteur. La cassette poussiéreuse prenait une valeur primordiale. »

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Marcher

Critiques et infos sur Babelio.com
« En théorie, l’être humain descend de primates, grands marcheurs dans la savane. En pratique, il descend de la voiture et il a mal au dos à cause des vibrations dans la colonne vertébrale. »
J’ai lu ce livre dans le cadre de l’opération « Masse critique » de Babelio (voir ci-joint) : un livre offert en avant-première, en échange d’une critique en ligne.
J’ai découvert en le recevant que c’était de la philo « pour ados ». Il semble que cela fonctionne aussi sur les grands ados ;-). L’idée ? Réinterroger une action quotidienne et la développer sous plusieurs angles avec un vocabulaire simple et concret. Ainsi, marcher est une des caractéristiques de l’humain. « A tout moment, on peut mettre son corps en exercice et ressentir la satisfaction d’une liberté physique en exercice, se sentir exister. »
Michel Puech réinterroge l’expression « Ca marche », la marche à deux, la marche en groupe, la marche et l’appropriation de soi, du temps, de l’espace, la marche dans la nature et en ville…  J’ai été particulièrement sensible à cette lecture qui nous incite à revenir à la simplicité et au contact avec son environnement proche, ce qui correspond à la base du haïku. Je vous conseille donc cette petite balade accessible à toutes les conditions physiques et mentales (80 pages très aérées et illustrées).A quand « Lire » ? (Il existe déjà « Aimer », « Expliquer », « Jeter », « Vouloir »).
Extraits : «  Ce n’était probablement pas l’objectif de l’évolution naturelle, mais notre capacité à marcher libère du temps de cerveau disponible. Souvent, c’est dans ces plages de temps libérées par une activité qui semble secondaire (prendre une douche, aller aux toilettes, attendre, marcher…) qu’on a ses meilleures idées, les plus créatives ou les plus profondes. Parce qu’on cesse de mettre le cerveau sous pression de rentabilité, on lui donne un peu d’espace, un peu de temps. »
« Quand on marche seul, pour aller quelque part ou juste pour se promener, on n’est pas vraiment seul, on est en présence de soi-même, beaucoup plus que dans la plupart des autres activités – sauf peut-être quand on s’endort, moment où on se retrouve seul avec soi-même aussi, mais…on s’endort, ou alors on commence à stresser parce qu’on ne s’endort pas. »
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