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On nous appelait les sauvages

« On nous appelait les sauvages – Souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin» est un livre passionnant à tous les niveaux : culturel, spirituel, psychologique, biographique… T8aminik RANKIN (8=w) raconte sa vie, et au-delà, son peuple, « mis en plume » par Marie-Josée TARDIF.

Sa tribu ? « En ce qui nous concerne, lorsqu’il s’agit de distinguer notre nation des autres, nous avons toujours utilisé le terme Mami8inni. Ce nom nous plait beaucoup, car il est très rigolo. Il se rapporte à notre goût pour la récolte des petits fruits que la terre-Maman nous offre durant la douce saison : fraises, framboises, bleuets (appelés myrtilles en Europe), etc. Or, pour cueillir ces fruits, il faut bien se pencher. Et qu’est-ce qui s’offre au regard du visiteur qui arrive sur les lieux où la communauté entière s’affaire à récolter les précieuses baies ? Toute une famille d’arrière-trains – des petits, des gros, des charnus, des maigres, des jeunes, des vieux – se dressant paisiblement sous le soleil ! Voilà qui nous sommes : la tribu aux postérieurs fièrement dressés vers le ciel ! »

A travers son témoignage on comprend le choc de la rencontre avec « les blancs » qui les chassent de leurs territoires et les cloisonnent dans des espaces toujours plus petits.
« Je devais avoir six ou sept ans lorsque notre famille a vécu à Amos pour la première fois. Cela signifiait qu’il fallait nous adapter aux constructions carrées des blancs. Pour nous qui privilégions la force du cercle en toute chose, cela fut difficile. (…) Les anciens nous avaient toujours enseigné que dans un tipi l’esprit est à son aise. Grâce à sa forme circulaire, l’énergie de vie peut circuler sans obstacle. Dans les wemitekoci mikiwaman, avec tous ces murs bien rigides et toutes ces encoignures, nous avions l’impression que l’esprit se cognait sans cesse de tous les côtés! Au début, nous étions si mal dans notre boîte carrée que mon père avait érigé une tente dans la cour arrière. »

On découvre également à travers ses yeux d’enfant, d’adolescent, puis d’homme les ravages causés par l’obligation pour sa génération d’aller dans des pensionnats catholiques. En plus de l’acculturation programmée, ils se sont trouvés aux prises avec certains missionnaires qui abusent sexuellement des jeunes.

« On me tend soudain un sac de jute. Des hommes me déshabillent et me font asseoir tout nu sur une chaise de barbier. En un tournemain, ils me rasent la tête. Je fonds en larmes en me remémorant les enseignements de mon père, écho lointain dans ma tête et mon coeur: ” Tes cheveux parlent de ton énergie de vie. Ils sont tes antennes pour te garder en communion avec la Terre. Dans notre tradition, les hommes laissent pousser leurs cheveux pour marquer leur lien avec la Terre-Maman, mais aussi pour accompagner les femmes. Ta chevelure est donc le signe de ton respect pour le Féminin.”

S’ensuit son long parcours, à cheval entre le monde des blancs et celui des siens. Il pratique de nombreux métiers. En parallèle, depuis son enfance, les anciens de sa tribu l’initient afin qu’il devienne homme-médecine. On suit le chemin de ses initiations : sa rencontre avec l’esprit de l’ours, ses jeûnes en haut d’un pin, et l’obtention progressive de signes de distinction (plume d’aigles, ceintures wampums…).

Il nous raconte aussi son long chemin de guérison personnelle, en particulier à travers des cérémonies de « matato ». « Depuis des millénaires, les hommes de notre peuple se transmettent les enseignements de matato. Admiratifs devant la femme qui voyait son corps et son esprit nettoyés naturellement tous les mois, les hommes-médecine se sont demandé comment ils pourraient obtenir les mêmes bienfaits. Dès lors, l’idée de matato a germé dans leur esprit. Ils ont construit une hutte de forme semi-sphérique et ont dit : « Voici le Ventre de la Maman ». Ils ont creusé un trou en son centre et ont dit : « Voici son Nombril. ». Devant la porte de la hutte ils ont érigé avec la terre provenant du nombril un petit tertre sur lequel ils pouvaient déposer leurs objets sacrés. Ainsi, ce qui était conçu au-dedans pourrait apparaître au-dehors. Ils ont ensuite allumé un feu sacré, en face du tertre, dans lequel ils ont mis des pierres, puis ils ont dit : « Les pierres sont nos ancêtres, nos mocom et kokom. Quand ils seront bien chauffés par le feu sacré, nous les placerons dans le Nombril, au centre du Ventre de la Maman. Ils nous aideront à nous relier à toute la Création, à notre passé, à notre présent et à notre avenir. Grâce à l’eau sacrée que nous verserons sur eux et qui se transformera en vapeur, nous serons nettoyés. ». A l’intérieur de matato, l’obscurité est totale. C’est l’apprivoisement de la nuit et de la vie immatérielle.

Vous découvrirez aussi « la Prophétie des Sept Feux » qui parle de l’entente (et de la mésentente) entre les peuples, à travers l’Histoire et jusqu’à nos jours.

Un témoignage bouleversant, mais non dénué d’humour, à la fois lointain et proche de nous. Son message est chargé de tolérance, de paix et de respect de la nature.

« Il est également temps que nous cessions de nous plaindre du fait que la planète, les animaux et les plantes sont en danger, en nous excluant nous-mêmes du cercle. Si l’humain souffre, le reste de la Création souffre. Nous sommes tous liés. L’humain est un maillon de la chaîne. La guérison de la Terre et de ses habitants sera impossible tant que nous nous placerons en dehors du cercle. »…

Actuellement T8aminik Rankin dit être « redevenu nomade et je parcours maintenant le monde à l’invitation des peuples de toutes les nations. »

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Automne

Parce que je ne dirais pas mieux, de Philippe Quinta:

lumière d’automne -
cet or là ne s’amasse pas
me dit le vieil homme

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La Gacilly

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C’est dent l’air

Repas au rythme

de la dent qui bouge  -

Entrée au CP

 

Une dent oscille

au bout de ses doigts -

Son nouveau cartable

 

 

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